L'Amour vache de la Littérature
J'aime la littérature. Profondément, passionnement, ce n'est plus un secret pour personne...
Mais
je dois avouer que quelque part, cela me pose problème dans l'écriture.
Je déteste les livres démagogiques, qui tombent tout cuits dans la
gorge des lecteurs -à cuisson favorite, aimerai-je ajouter. Non, je
n'ai rien contre la littérature populaire, là n'est pas mon propos, je
parle de cette pseudo-littérature racoleuse et avilissante.
Oui, la
littérature est un art, et si l'on veut en faire aussi un artisanat,
très bien, vive le livre qui parle potentiellement à tous!... mais pas,
de grâce, une pure industrie à la chaîne. Un livre n'est pas un
tabouret Ikéa!
Et c'est là que le bât (me) blesse. Je refuse
catégoriquement l'idée d'ajouter encore, par des productions
littéraires vides et bancales, à un marasme littéraire déjà trop
répandu.
Mon amour de la littérature parfois me paralyse le
poignet. On en revient toujours au vieux problème de la légitimité de
l'écrivain. D'autant plus aujourd'hui qu'un enjeu de taille, et propre
à notre époque, est venu compliquer encore le problème: avec la
surproduction littéraire, la prolifération des oeuvres au mieux
moyennes tend à étouffer les quelques écrits de qualité. Moi qui aime
tant l'art littéraire, ai-je le droit de prendre ce risque? Puis-je me
permettre de, peut-être, éclipser quelqu'un qui servirait mieux notre
art? Cruelle et épineuse question.
Ajoutez à cela le
fait que, par ma formation, je passe mon temps le nez dans des
chefs-d'oeuvres. Loin de moi l'idée de dire que tous nos classiques
sont des génies, il y en a que je ne supporte carrément pas
(Chateaubriand mon ami, si tu m'entends, n'oublie pas que ceci n'est
que subjectivité). Mais quand même. Dur d'avoir une vision pas trop
négative de notre propre création quand on est forcé de se comparer à
Mauriac, Claudel ou Baudelaire...
Alors, écrire parce qu'on en a
besoin, soit, mais pourquoi vouloir être reconnu, fêté? Ai-je le droit
de penser que oui, je peux apporter ma pierre à un édifice littéraire
millénaire?
Pour me
consoler, et éviter me baillonner, j'ai fini par conclure de ces
questionnements qu'au pire, je partagerai toujours avec ceux qui me
liront au moins une sensibilité, et que finalement, ma légitimité
tiendra au moins dans ma sincérité et mon envie de donner...
Par Rimmel, Mercredi 6 Fevrier 2008 à 01:17 GMT+2 dans Ars longa, Vita Brevis (article, RSS)




